Texte: Chantal CORMONT
Photos: Chantal CORMONT Jean-Pierre LE MOIGN
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ROUEN ET LA SEINE
La Seine a structuré la ville de Rouen. La ville est née et s’est épanouie rive droite. Corsetée derrière ses remparts jusqu’au XVIIIe siècle, elle développe ses fonctions religieuse, administrative, drapière. Jusqu’en 1959, elle est aussi la dernière ville-pont sur la Seine normande. Au XIXe siècle, la ville aux cent clochers selon Victor Hugo entre prudemment dans l’âge industriel. La Seine à Rouen est un atout.

Jean-Pierre Le Moign, Pont aux Anglais – Rouen
L’axe de la Seine a toujours été important pour le transport des marchandises. Grâce à la marée qui se fait sentir jusqu’à Rouen, les bateaux de mer remontent la Seine. C’est au cours d’escales dans les nombreux petits ports sur la seine, avant l’endiguement du fleuve, que les marins ont fait des graffiti sur les murs des églises. Croyants, ils ne manquaient pas d’invoquer Notre Dame ou un saint protecteur. À Vatteville-la-Rue, les graffiti sur l’église et les maisons témoignent de trois siècles d’histoire maritime.

Graffiti marin, clocher de l’église de Canteleu

Chantal Cormont, Sous le Pont Flaubert -Rouen
Avec le déplacement des activités portuaires en aval, les Rouennais ont fini par oublier leur port dans la ville. C’est l’organisation de l’Armada, rassemblement international de voiliers, à partir de 1989, avec parade en Seine, qui a permis aux Rouennais de redécouvrir leur port. La réhabilitation des quais et entrepôts portuaires ont revitalisé l’endroit.
Assise sur le tablier du pont Flaubert, Maline apercevait cinquante-cinq mètres plus bas l’agitation du départ des trois mâts s’accentuer, en particulier sur le pont des bateaux. Des matelots s’affairaient aux quatre coins des voiliers, se hissaient sur les vergues, déployaient les grands- voiles avant et arrière. (Michel Bussi, Mourir en Seine, Éditions des Falaises, Quai des adieux, p.379)

Chantal Cormont, Bateau de l’Armada devant la Métropole -Rouen

Chantal Cormont, Graff de mouette, Musée maritime à Rouen
LES ABBAYES DU VAL DE SEINE
La présence de grandes forêts et d’espaces humides le long de la Seine font de ces lieux des espaces de solitude qui conviennent aux moines au Moyen Âge. Des monastères bénédictins sont érigés dès le VIIe s., à Jumièges, à Saint-Wandrille et à Saint-Martin de Boscherville. Concernant Jumièges, la légende raconte que les deux fils de Clovis II ont été « énervés » (nerfs mutilés) après leur rébellion et placés sur un radeau voguant vers l’abbaye de Jumièges. Ces monastères sont reconstruits après les invasions vikings, dans le style roman normand.

Jean-Pierre Le Moign, Abbaye de Jumièges

Jean-Pierre Le Moign, Abbaye St-Georges -St-Martin de Boscherville
BELLES DEMEURES ET CHȂTEAUX DU VAL DE SEINE
La maison de Flaubert à Croisset
La famille Flaubert s’installe 1844 dans une grande demeure, à Croisset, au bord de la Seine, dans le but d’offrir au jeune Gustave un environnement calme, suite à ses premières crises nerveuses.
C’est une vaste demeure en pierre blanche du XVIIe siècle, de style classique, avec de nombreuses fenêtres donnant sur la Seine et un beau jardin ombragé. Flaubert établit son bureau dans une grande pièce avec vue sur la Seine. C’est ici qu’il écrit Madame Bovary et ses autres œuvres. La retraite qu’il s’impose pour travailler et la proximité des abbayes du Val de Seine, font que le lieu est présenté à l’époque comme l’ermitage de Croisset et Flaubert comme « l’ermite de Croisset ».
Depuis l’Orient, alors qu’il remonte le Nil, Flaubert évoque avec nostalgie sa maison (février 1850) :
«Là-bas, sur un fleuve plus doux, moins antique, j’ai quelque part une maison blanche dont les volets sont fermés, maintenant que je n’y suis pas»

Jean-Pierre Le Moign, Pavillon Flaubert (vue sur la Seine et son Jardin) –Croisset
Les mariniers et les Rouennais qui se rendent le dimanche à la Bouille en bateau, essaient d’apercevoir l’écrivain en train de déclamer ses romans, vêtu de sa longue robe de chambre et d’un pantalon à l’oriental.
Le label de Maison d’écrivain est attribué à la maison de Flaubert à des fins touristiques à la fin du XIXe siècle. Pourtant, à cette époque, il ne reste plus que le « Pavillon Flaubert », à l’angle de la propriété, la maison ayant été vendue par sa nièce caroline et détruite dès 1881 pour construire une usine. Faute de mieux, les propagandistes normands s’extasient sur la belle allée de tilleuls du jardin, censée être typique des propriétés normandes, et le site de la vallée de la Seine, pourtant touché par l’industrialisation.

Jean-Pierre Le Moign, Pavillon Flaubert (vue sur la Seine et son Jardin) –Croisset
Le pavillon acheté par le Comité Flaubert est transformé en 1906 en musée. Depuis 2021, il fait partie des musées métropolitains et a été réhabilité.
La maison Vacquerie, musée Victor Hugo à Villequier
Derrière un jardin fleuri, se dresse une belle maison bourgeoise en briques rouges du début du XIXe siècle. C’était la demeure de villégiature de la famille Vacquerie, armateurs au Havre. La famille Hugo fut invitée à y passer des vacances en 1839. Devenue musée Victor Hugo en 1959, la maison est d’autant plus prégnante qu’elle est aussi associée au drame de la disparition de Léopoldine, la fille adorée de Victor Hugo, qui se noya accidentellement dans la Seine avec son mari, Charles Vacquerie, en septembre 1843. Tous deux reposent dans le petit cimetière du village, à côté d’Adèle, la mère, et d’Adèle, la sœur.

Chantal Cormont, Villequier Parterre fleuri

Chantal Cormont, Façade Maison Vacquerie -Villequier
Après la mort de sa fille Léopoldine, Victor Hugo écrit dans Les Contemplations, 1856, Livre IV, extrait du poème XVII:
Villequier, Caudebec, et tous ces frais vallons,/ Ne vous entendront plus vous écrier: «Allons,/ Le vent est bon, la Seine est belle!»/ Comme ces lieux charmants vont être pleins d’ennui!/ Les hardis goélands ne diront plus: C’est lui!/ Les fleurs ne diront plus: C’est elle! (Victor Hugo)
LES CHȂTEAUX FORTS
Pour surveiller le fleuve et prélever des taxes sur le transport des marchandises, des châteaux forts surplombant la Seine dressent encore leurs puissantes silhouettes. C’est le cas des châteaux de Tancarville et de Robert le Diable à Moulineaux.

Chantal Cormont, Château de Robert le Diable vu d’Hautot-sur-Seine
LES CHȂTEAUX DE PLAISANCE
Aux XVIIe et XVIIIe siècle, l’aristocratie rouennaise réside l’hiver dans leur hôtel particulier urbain et l’été dans leur château à la campagne. De même la grande bourgeoisie investit au XIXe s. Ainsi d’élégants châteaux sont construits dans un écrin de verdure sur des terrasses dominant la Seine, agrémentés de jardins en terrasse et de parcs arborés.

Chantal Cormont, Château de Trémauville à Sahurs, XVIIIe s.

Chantal Cormont, Ancien château de Soquence à Sahurs, maison de campagne Renaissance normande
LES BOURG

Jean-Pierre Le Moign, La Bouille vue depuis la rive droite à Sahurs
Les bourgs qui se sont développés sont souvent d’anciens gués et des petits ports qui pratiquaient le cabotage. Ils sont lovés dans les courbes de la rive concave de la Seine. L’éloignement des ponts font que la desserte d’une rive à l’autre est encore assurée dans huit communes par des bacs, manœuvrés par un équipage composé d’un capitaine et d’un matelot marinier. Les maisons alignées en front de Seine sont généralement grandes, hautes, avec de nombreuses fenêtres et construites en pierre blanche de Caumont ou en brique au XIXe s. Dans les ruelles en arrière, s’agglomèrent de petites maisons à pan de bois. Mais entre la façade et les autres côtés, les matériaux diffèrent.
En fonction de leur histoire, les bourgs ont des constructions remarquables : couvent troglodyte Sainte-Barbe à Croisset, grenier à sel à La Bouille, maison des Templiers à Caudebec-en-Caux…

Jean-Pierre Le Moign, La Bouille vue depuis la rive droite à Sahurs

Chantal Cormont, Ancien bac de Caudebec-en-Caux devant le pont de Brotonne
LES CITÉS ET PAYSAGES INDUSTRIELS
Progressivement l’industrie investit les vastes espaces plats disponibles de la rive gauche de la Seine. Des silos jalonnent les extensions portuaires rouennaises, de même les installations de l’industrie chimique.

Chantal Cormont, Silo en face de Val de la Haye, un nouveau château

Chantal Cormont, L’industrie chimique dans l’agglomération à Petit-Couronne

Chantal Cormont, Le Trait, vue sur la zone industrielle
LE TRAIT. S’étirant sur 6 km, Le Trait devient une cité industrielle active avec l’installation d’un chantier naval en 1917 sur la rive droite, dans un méandre de la seine. Pour loger la main d’œuvre qui affluait des campagnes normandes, d’Italie et d’Europe de l’Est, de grandes maisons divisées en deux logements ouvriers furent construites à flanc de colline, en style néonormand, avec une façade à faux pan de bois en ciment.
ART ET CULTURE EN SEINE/ Expositions dans les musées métropolitains – ROUEN
Musée des Beaux Arts de Rouen, Musée Beauvoisine, Musées littéraires Flaubert et Corneille, Musée de la Céramique, Corderie Vallois, Fabrique des Savoirs …..
Un voyage sous toutes ses compositions autour du Fleuve, son histoire, ses traditions et sa force poétique et noble.
https://mbarouen.fr/fr/expositions/le-temps-des-collections-fleuves
Musée Beauvoisine, Rouen Rouen, port(e) des océans
Musée industriel de la Corderie Vallois, Notre-Dame-de-Bondeville – Eau, source d’énergies
Musée des Beaux-Arts, Rouen Le cours de la Seine par Raoul Dufy
Musée de la Céramique, Rouen Céramiques au bord de l’eau
Musée Flaubert et d’histoire de la médecine, Rouen. Miroirs de la Seine – chez Flaubert et au-delà
Maison natale de Pierre Corneille, Rouen. Corneille: du fleuve aux larmes